La Grève chez Citroën

 Rose Zehner, déléguée syndicale, pendant une grève chez Citroën, Quai de Javel, Paris, 25 mars 1938.
Photo de Willy Ronis. Donation au ministère de la Culture – Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie.

La grève chez Citroën

Tu as l’habitude de lire des magazines et des journaux, tu regardes des documentaires historiques et sur l’actualité du moment. Tu apprends sans cesse de nouvelles choses et cela constituera plus tard ta culture générale.

Toutes ces informations écrites ou visuelles sont des productions réalisées par des personnes professionnelles. Les photographies que tu as l’occasion de voir sont importantes, elles ont parfois une histoire incroyable.

Le métier du photographe reporter

Le reporter est un photographe spécialisé, il organise ses activités sur le terrain. Il se déplace pour réaliser des reportages pour des agences de presse avec ses équipements. Sur les lieux, il enregistre des images et du son, puis il rédige des commentaires. Il monte ensuite son reportage avec les éléments collectés.

C’est un métier qui a évolué avec le temps et les nouvelles technologies.

Aujourd’hui, tu vas observer un cliché sur l’actualité historique française de 1938. On y voit le signe  du mécontentement populaire ambiant de l’époque.  Des hommes et des femmes du milieu ouvrier se sont soulevés publiquement contre des décisions du gouvernement.

Sur ce cliché, nous allons découvrir une scène prise dans un atelier de l’usine Citroën du Quai de Javel  à Paris  le 25 mars 1938.

Nous allons effectuer son décryptage avec toi.

Qui est le photographe ?

Il s’agit de Willy Ronis, un reporter français originaire de Paris. Il a 28 ans au moment où il prend cette photo mémorable.

Il est très connu pour ses clichés pris dans Paris. Il aime photographier des gens ordinaires dans leur vie quotidienne, il s’est distingué avec de magnifiques clichés sur la lutte ouvrière française. Il n’hésitait pas à se faufiler dans des manifestations pour réaliser des reportages.

Willy Ronis était un homme simple et fidèle à ses valeurs. Il a été façonné par son contexte familial modeste. Ses parents d’origine juive avaient quitté la Russie pour s’installer en France. Son père était photographe, il avait un studio de photographie à Paris et Willy a appris le métier avec son père. Il est devenu photographe très jeune.

Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale l’a obligé à fuir Paris en 1941. Il s’est réfugié dans le sud de la France pour échapper à la persécution contre les Juifs.

C’est en 1946 qu’il a repris ses activités de photographe. Ses clichés ont été publiés dans de grands magazines comme Point de Vue, Life, Nouveau Femina ou Vogue. Il est connu pour ses reportages pour Air France. Il a publié de nombreux livres de photographie. Le ministère de la Culture lui a décerné le grand prix national de la Photographie en 1979 pour l’ensemble de son œuvre et il a reçu le prix Nadar en 1981.

Il est décédé le 11 septembre 2009 et il a légué toutes ses archives à l’État français.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/AP9135T000017

https://www.pop.culture.gouv.fr/search/list?mainSearch=%22willy%20ronis%22

Qu’est-ce qu’un photographe humaniste ?

Willy Ronis était un homme politiquement engagé. Il n’a jamais caché ses idées en faveur du prolétariat. Il soutenait les ouvriers dans leurs revendications contre les patrons. Ces derniers étaient considérés comme des personnes insensibles qui exploitaient les plus défavorisés pour s’enrichir encore plus.

Willy Ronis était un photographe de l’école humaniste. Il faisait partie du mouvement français appelé la photographie humaniste. Il côtoyait des membres illustres comme Robert Doisneau, Édouard Boubat, Jean-Philippe Charbonnier ou Sabine Weiss. Ce mouvement est apparu en 1930 dans le Paris des quartiers populaires, il a connu une grande vague de popularité entre 1945 et 1960.

Ces photographes se sont intéressés aux histoires des personnes simples et ordinaires, ils photographiaient des scènes de la vie de tous les jours avec sympathie et émotion. D’autres prenaient des photos engagées, dénonçant les conditions de vie très difficiles des ouvriers.

Willy Ronis a défini l’école humaniste comme « le regard du photographe qui aime l’être humain. »

Quel est le contexte de cette photo ?

Willy Ronis a pris cette photo au cours d’un reportage pour le compte de la revue de gauche Regards. Elle a failli ne jamais être publiée !

Le jeune photographe de 28 ans s’était rendu à l’usine Citroën située sur le Quai de Javel à Paris le 25 mars 1938. Il avait la mission de faire un reportage pour le magazine de gauche Regards. Un mouvement de grève avait lieu pour protester contre le démantèlement des acquis sociaux obtenus sous le gouvernement socialiste de Léon Blum (1872-1950) en 1936 où il avait généralisé les congés payés.

Le gouvernement d’Édouard Daladier de 1938 a tenté de remettre en cause ces acquis. De là, de grands mouvements de grève ont secoué les industries françaises.

Quand le reporter était arrivé sur les lieux, tous les ouvriers étaient mobilisés dans les locaux de l’usine Citroën. Il y avait une grande effervescence de colère. Certains ouvriers réclamaient des augmentations de salaire, d’autres voulaient une nouvelle convention collective, et certains voulaient que le gouvernement envoie de l’aide aux républicains en Espagne.

Dans ce grand brouhaha, le photographe déambulait dans l’usine. Il n’avait qu’une seule journée pour faire son reportage. Il ouvrait les portes et tentait de trouver une scène intéressante. Il a pris quelques photos. Avant de partir, il est entré dans cet entrepôt que tu vois sur la photo. C’était l’atelier de sellerie où étaient confectionnés les sièges de voitures.

L’endroit était sombre et Willy Ronis n’avait pris qu’une seule photo. Ensuite, il est rentré au journal rapporter ses clichés. Cette photo n’a pas été imprimée parce qu’elle était trop sombre.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/AP9135T000017

https://www.monde-diplomatique.fr/1996/11/VIDAL/5898

Qui est la femme  sur la photo ?

Cette femme s’appelle Rose Zehner. Elle avait 37 ans sur la photo et c’était une déléguée syndicaliste. Elle était une militante communiste très engagée politiquement. Elle défendait les droits des ouvriers. Elle était connue pour sa force de caractère.

Au moment où la photo a été prise, Rose Zehner était montée sur une chaise et parlait aux ouvrières de l’usine pour les informer de l’actualité politique. Elle soutenait fermement le mouvement de grève, elle expliquait aux ouvrières de soutenir la grève pour maintenir leurs droits aux congés payés qui risquaient d’être supprimés.

La force de caractère de Rose Zehner se ressent bien dans la photo où elle est la seule à parler, elle captive l’attention de ses collègues qui la regardent. L’atmosphère est tendue et on sent bien la gravité du moment. En levant ainsi le bras, la militante désigne les ennemis des ouvriers.

C’est un jour mémorable pour cette femme puisque la direction de Citroën n’appréciera pas son initiative, elle sera licenciée peu après.

Pourquoi cette photo est-elle surprenante ?

Quarante ans plus tard, un éditeur a décidé de compiler un livre avec les plus belles photos de Willy Ronis. Ce livre a été publié dans sa première édition en 1980 sous le nom Sur le fil du hasard.

Pour ce projet, le photographe a recherché parmi toutes ses négatifs des photos inédites qui n’avaient pas encore été publiées. C’est là qu’il retrouve le négatif de cette photo ! Il décide de l’intégrer dans la collection à l’intention de l’éditeur.

La photo est étonnante parce qu’elle raconte un événement social très fort. Elle témoigne d’un épisode de l’histoire sociale française.

Il s’agit aussi de la résurrection de l’histoire d’une féministe ouvrière des années 1930. Rose Zehner est apparue au grand public avec la publication de la photo dans le livre en 1980 et des articles ont été publiés racontant son histoire inédite de femme syndicaliste. La presse s’est emparée de la photo et l’a publiée également.

C’est l’histoire surprenante d’une photo historique oubliée pendant quarante ans !

Après la publication du livre Sur le fil du hasard, Rose Zehner a contacté le reporter et ils se sont rencontrés. Ils se souvenaient tous les deux de cette journée mémorable.

https://mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/actualite/rose-zehner-et-willy-ronis-naissance-dune-image

https://www.polkamagazine.com/la-pasionaria-de-lusine-citroen-par-willy-ronis/

Pour aller plus loin… (pour approfondir tes connaissances…)

Tu peux te renseigner sur le métier de reporter, t’informer sur l’histoire de Willy Ronis et celle du mouvement photographique humaniste. Tu peux aussi :

  • Visiter des sites internet ;
  • Découvrir la vie de Willy Ronis et de Rose Zehner ;
  • Aller à des expositions de photos du reporter ;
  • Regarder ses livres de photos ;
  • Trouver d’autres reporters qui ont couvert l’événement ;
  • Faire un exposé en classe ;
  • Lire des livres racontant les luttes ouvrières sociales en France.

Tu peux également en parler à ton professeur, proposer l’étude de cet événement historique ou réaliser un exposé seul ou en groupe.

Si vous souhaitez lire d’autres articles, cliquez-ici →

À travers cet article, nous avons essayé d’évoquer une dimension pédagogique de la photographie. Tout comme les leçons apprises en classe, les souvenirs capturés en image prennent une place spéciale dans le parcours éducatif. Si vous ressentez le désir d’ancrer ces moments dans le temps pour votre école, collège ou lycée, sachez que notre service de photographe scolaire est là pour immortaliser ces instants avec délicatesse et passion.

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